Didier Jouvin, 1957-2006 de l'argentique au numérique.

Didier Jouvin autoportrait - 2011 

"Autoportrait" d.Jouvin©2011

Comment je suis passé du Ihagee Kine Exakta au C-Lux1...

J'ai commencé à faire de la photo en 1957 (j'avais 14 ans) avec un 24x36 Exakta Ihagee, objectif 3,5/35 Zeiss Tessar, d'une qualité optique sans faille et qui je crois, fut un des premiers reflex fabriqué en 1936, grande précision et douceur du rendu, mais j'étais trop jeune et trop inexpérimenté pour en tirer toutes les qualités, cet appareil était à ma mère. Puis on m'a donné un appareil tout en «plastique» et en forme de boîte noire, c'était un Kodak Brownie Flash. Cet appareil dans les années 50 était très répandu et permettait de s'initier à la photo à moindre frais, et ça m'a permis de tester mon coup d'œil et ma façon de cadrer. Puis j'ai repris l'Exakta et fais pas mal de noir et blanc, ce qui était le lot de presque tous les photographes de l'époque (professionnels ou amateurs). Après j'ai acheté un Lubitel 2, mon premier 6x6, très simple et pas si mal compte tenu de son prix (170 francs en 1973) soit environ 25 ou 30€ d'aujourd'hui, du coup j'en avais acheté deux. J'en ai donné un à un touriste anglais, lors d'un séjour en Espagne, car il n'avait pas ses appareils avec lui et m'avait demandé si je pouvais lui prêter un des miens et vu la valeur d'achat de ces appareils je lui en ai offert un, et oui ! à l'époque les rapports étaient tellement plus simples... Par la suite, j'ai acquis un Canon AE1 faute de pouvoir acheter le F1, mais c'était un très bon appareil et les optiques de la série FD donnaient de très bons résultats car il faut aussi mentionner qu'à cette époque la pellicule jouait aussi un très grand rôle dans la qualité et le résultat des photos. Ensuite, j'ai travaillé en studio aux lampes et j'ai acheté un Mamiya RB 67, un très très bon appareil, très beau format et des optiques d'une douceur et d'un rendu (le 90 mm), très très bon pour les portraits ou les nus, rendu de peau exceptionnel, mais étant obligé d'être très souvent en reportage je suis revenu au 24x36 (plus véloce) et j'ai acheté deux Canon T90. Alors là très très bon appareil, qui fut une référence dans le journalisme mais très délicat à maîtriser, surtout son analyse multispots ! On ne savait jamais trop le résultat et en reportage où il faut être rapide et sûr, avec ce type d'appareil trop caractériel, il fallait être très attentif à tout et encore plus avec le flash ! J'ai donc revendu mes deux T90 et pris un Nikon F4... le fin du fin à l'époque, superbe appareil, très fiable, très rapide sur tous les plans, j'ai fait des milliers de photos et diapositives et toujours récompensé par une grande qualité chromatique et un piqué à la hauteur, bref, belle bête et des cailloux fabuleux (téléobjectif 4/300mm, rendu de couleurs hors pair) mais le revers de la médaille de ce type d'appareil c'est le poids, l'encombrement et le manque de discrétion, car lorsqu'on est en reportage ou en promenade avec deux F4 sur le ventre plus les cailloux, plus les pelloches, la sacoche, le flash... bref très difficile de surprendre le sujet en encore plus de passer inaperçu et puis, de plus en plus de risques, oui lorsqu'on a pour 7 ou 8 ou 10 000 € de matos autour du cou, il vaut mieux avoir les yeux bien ouverts, c'est que les temps changent... alors j'ai décidé pour ces multiples raisons et malgré la très grande qualité de ces appareils de tout vendre et d'essayer de trouver un compact de qualité approchante. A l 'époque on m'a vivement conseillé, et ce fut mon dernier appareil argentique, le Yachica T5 Tessar* objectif 3,5/35 Carl Zeiss, à ma très grande surprise, ce boîtier très simple et peu tapageur, s'est avéré de très belle qualité d'analyse et avec un piqué extraordinaire, parfois au même niveau sinon mieux que le F4, il n'y a rien à faire chez Carl Zeiss on sait faire un caillou, redoutable appareil, qui n'a d'autre possibilité que son fameux 35 donc il faut changer ses habitudes et revenir aux premiers moments de la photographie, c'est-à-dire s'approcher du sujet, oui le zoom c'est vous, cette reprise en main d'un compact a modifié de nouveau ma vision philosophique de la photographie, qui doit être avant tout de fixer l'instant présent, le plus naturellement possible avec un résultat de qualité sans se prendre la tête avec les choix d'optiques (laquelle mettre ?), et les réglages ! (manuel, automatique, priorité vitesse, priorité ouverture ?), on est toujours un peu partagé sur tous ces choix, c'est le lot commun de tous ceux qui font de la photo. Maintenant, je suis revenu de tout ça et je pense que pour faire une bonne photo, il faut être soi-même dégagé de toute contrainte que celle de regarder dans le viseur et d'appuyer sur le déclencheur, d'ailleurs à l'époque, beaucoup de journalistes partaient en reportage bardés de «lourds» comme Nikon, Canon, Leica , pour impressionner mais, en cas d'urgence, ils avaient toujours un petit T5 dans la poche pour faire le boulot, là au moins ils étaient sûrs de ramener une image. Et puis, inexorablement mais sûrement, la fin de l'argentique et du reflex est arrivée, moi comme les autres, je ne voulais absolument pas entendre parler de numérique mais j'ai dû me rendre à l'évidence, les temps changent et le matériel aussi.

Enfin, le cœur "brisé", en 2006, j'ai posé mon petit Yachika T5 et après avoir pris pleins de renseignements, fait beaucoup d'essais, comparé, analysé tout l'éventail de matériel numérique du marché et voulant à tout prix éviter la course aux pixels et surtout la mode des poids lourds hypersophistiqués, qui font très professionnel... Style (Nikon ou autres Eos) mais souhaitant avant tout un appareil simple, dont je ne sois pas dépendant en grande partie de sa technologie, mais au contraire que ce soit lui qui dépende de moi de mon humeur et de mes envies. J'ai donc acheté un tout petit appareil qui loge dans ma poche, toujours disponible et surtout très fiable, solide, discret, une très belle analyse chromatique, un objectif (asphérique) équivalent à un 28-102mm en petit format, avec un piqué ni trop ni pas assez bref, j'ai opté pour un C.Lux.1... Je vous laisse le soin de trouver la marque ! C'est un petit bijou, très sûr avec lequel je m'entends très bien et avec lui je sais au moins que si mes photos ne sont pas bonnes, il n'y est pour rien et que c'est de ma faute. Voilà en quelques lignes le résumé de mes expériences sur différents matériels, si cela peut servir à quelqu'un j'en serais ravi, "bonne chasse" à tous les amoureux de la photo et pensez toujours que le plus beau matériel du monde, sans votre coup d'œil, n'est rien. Cordialement.

© didier Jouvin

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Didier  Jouvin

Artiste peintre photographe

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