L'art abstrait

L'art abstrait "impressionniste", ne serait-il, que la révélation inconsciente de l'infime partie d'un tout ? Qui, par la seule force de sa composition, de sa touche, de son graphisme et de sa structuration, d'essence émotionnelle, va évoquer et remémorer en nous, une forme concrète. Le non-figuratif ou abstrait, est le résultat d'une émotion souvent hasardeuse, due à la satisfaction simultanée, des sens et de l'esprit. Cela prend naissance sur une forme ou couleur, mise là, sous l'impulsion d'un geste mû par une idée plus ou moins consciente, engendrée par l'état d'âme du moment. Cette forme ou cette couleur est le point de départ qui catalyse et concrétise un travail et un sujet évocateur, alors conscient, dans sa réalisation. Ce travail va donner naissance, sur la toile, à un graphisme et à une structuration chromatique, impressionniste dans la touche, sans référence directe avec une réalité lisible, mais avec une forme définitivement rattachée à l'abstraction dans sa réalisation esthétique. L'abstrait, qui est souvent attribué par méconnaissance à la représentation de rien, est toujours, par opposition au concret, dans sa représentation structurelle, une partie d'un tout. Rien n'est vraiment concret et rien n'est vraiment abstrait, car dans l'univers comme dans la pensée et comme dans tout ce qui nous entoure, s'il n'y a pas de liens pour que notre cerveau donne à notre vision une cohérence répertoriée, alors notre vision bascule et a du mal à rattacher la part d'abstrait d'un ensemble concret. En effet, si vous isolez une partie de votre environnement quotidien dans un petit cadre pris au hasard, vous aurez une vision abstraite, car vous aurez créé vous-même les limites lisibles de votre univers logique, en l'amputant de vos repères habituels, que sont les formes de toutes choses qui nous entourent et font partie de notre quotidien. Seuls certains phénomènes physiques et psychiques peuvent réellement porter l'appellation et le caractère abstrait, séparés d'une appropriation formelle, comme le vide, le néant, la blancheur, l'ennui, la mélancolie, etc. Ces états ne peuvent être dissociés ou fractionnés de leur existence propre car ils sont sans repères physiques formels,ils sont abstraits, sortis du réel visible. L'abstrait est donc inéluctablement une composante du concret, et quelque soit le degré de création de l'artiste, toute réalisation dite abstraite, nous est révélée et transmise, consciemment ou inconsciemment, par son appartenance à une existence concrète dans l'univers qui nous entoure, d'où le problème de la création.

Lorsqu'on travaille l'abstraction, est-ce que l'on peut vraiment parler de création, ou est-ce que l'on reproduit instinctivement des formes ou des signes qui composent notre univers et qui sont déjà dans nos gènes ? Sommes-nous des révélateurs inconscients des composantes de la matière qui compose l'univers ? C'est une grande et difficile question, qui se pose à tous les créateurs conscients de leurs limites en tant qu'êtres humains ! Et là on mesure la fragilité redoutable du mot créateur et le caractère mystique et religieux de l'art... Mais c'est un autre sujet. Les deux points les plus sensibles à maîtriser, dans l'abstraction, sont, le choix graphique ou chromatique du départ de l'œuvre et le choix de la dernière intervention qui détermine la fin de l'acte créatif sur cette même œuvre. Contrairement au figuratif, qui lui, de part la recherche de la représentation du sujet, délimite sa forme et échappe, ainsi, à cet instant décisif et déterminant de l'abstrait, qui est de savoir pourquoi une œuvre doit s'arrêter là et pas plus loin. Commencer et surtout finir une œuvre, sont pour l'artiste qui travaille l'abstraction, deux véritables moments de solitude et parfois de doute.

© Didier Jouvin


 Grillage noir au ciel bleu - 1984

"Grillage noir au ciel bleu"

(acrylique et glycérophtalique sur toile 55x46 sbd Didier Jouvin de 1984)

Le cerveau - 1973 

 "Le cerveau"

 (huile sur toile 55x46 sdbd Jouvin 1973)

Fenêtre verte et rose - 1993 

 "Fenêtre verte et rose"

 (acrylique sur toile 55x46 sdbg didier Jouvin 1993) 

Circulation rose - 1972 

 "Circulation rose"

 (gouache sur papier 65x50 sdbd de 1972)


Didier  Jouvin

Artiste peintre photographe

Palette copie

       

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